Stefan et le confinement

Le confinement et moi

     Lorsque la crise sanitaire se profilait à l’horizon et quelques jours avant que le gouvernement prenne la décision d’appliquer le confinement, j’ai demandé à mes employés de démonter leurs ordinateurs afin de les reprendre à la maison. Certains de mes employés avaient exprimé leurs craintes vis-à-vis de personnes à risque qui sont membre de leur famille et je ne voulais pas les laisser dans l’incertitude concernant ma façon de réagir.

     En tant qu’entreprise active dans le développement de logiciels sur mesure, nous avons l’habitude de travailler à distance avec nos clients qui se trouvent dans toutes les régions de la Belgique mais aussi à l’étranger. Depuis longtemps, nous utilisons des méthodes de travail et des moyens de stockage de données qui nous permettent de travailler à distance. Un de mes employés travaillait déjà depuis un an à distance depuis son domicile, et nous avons pu profiter de cette expérience pour faciliter le transit au télétravail pour tous mes employés.

     On pourrait s’imaginer que travailler de chez soi est facile. On se lève, on allume son ordinateur, on travaille, on fait ses pauses et, à la fin de la journée, on fait son rapport et on arrête l’ordinateur. La réalité n’est pas aussi facile et tout le monde n’est pas égal face au télétravail. Certains ont effectivement plus facile de s’adapter à ce nouveau mode de travail, d’autres peinent à s’y faire.

     J’ai moi-même une bonne dizaine d’années d’expérience du télétravail. Je me rends donc compte des difficultés que rencontrent mes employés. Plus qu’avant, mon travail se concentre à leur faciliter la vie et de les conseiller à distance quand ils ressentent le besoin de discuter.

     Habituellement, en temps de non-confinement, je m’occupe de la gestion administrative et des réponses par mail durant la matinée. Entre les documents qui doivent être révisés et des rendez-vous qui sont fixés, je prends aussi un peu de temps pour m’informer des nouvelles. Les après-midis sont consacrés aux contacts avec les clients, les suivis des projets et des discussions avec les employés. De temps à autre, j’ai un peu de temps pour faire de la R&D.

     Durant le confinement, j’ai pris l’habitude de moins sectionner ma journée en fonction de mon travail habituel. En effet, une équipe qui travaille à distance nécessite beaucoup plus de gestion. En tant que point central, je dois plus faire attention aux petites questions qui peuvent surgir et qui se lisent parfois entre les lignes quand l’équipe discute par le chat de Skype.

     Quand tout le monde est dans le même bureau, ces petites questions sont vite réglées puisque le collègue se trouve à quelques mètres. Le confinement a changé la donne. Ces questions restent en suspens et l’employé essaye de trouver une réponse soi-même, ce qui prend un certain temps. Quand je m’aperçois d’une telle situation, j’essaye d’intervenir et d’aiguillier l’employé vers la bonne personne. J’ai aussi l’impression que mes collègues me contactent beaucoup plus souvent. Par certains moments, je reçois plusieurs appels quasi en même temps.

     Les rencontres physiques avec les clients sont toutes annulées. Personnellement, ce n’est pas un grand problème. Notre plus fidèle client, avec qui nous travaillons depuis 2006, a son siège social en Allemagne et nous discutons plusieurs fois par semaine que par Skype avec Teamviewer comme aide de visualisation. Parfois les discussions durent une à deux heures. La dernière rencontre physique date de 2015.

     Il m’est donc facile de m’adapter aux réunions par Teams que beaucoup de nos clients demandent actuellement. L’utilisation de la webcam est clairement un plus dans ce contexte puisqu’on peut voir la réaction de son interlocuteur en direct et l’on n’a pas besoin de décoder l’intonation la voix.

     En tant que patron de l’entreprise, je me rends tous les jours au bureau. D’abord, parce que quelqu’un doit répondre au téléphone et pour relever le courrier, mais aussi parce que nous préparons notre déménagement dans les nouveaux bureaux qui aurait dû avoir lieu durant la semaine du 13 avril.

     Malheureusement, le confinement rend ce changement d’adresse très compliqué avec des conséquences parfois… gênants. En effet, notre fournisseur Internet n’a pas pu entamer les travaux de connexion d’Internet dans le nouveau bâtiment (première connexion d’Internet rapide), ce qui m’a empêché de transférer mon lieu de travail. En plus, le service de raccordement du fournisseur n’a pas communiqué ce retard en interne avec le résultat que le 16 avril, je me suis retrouvé dans mon ancien bureau sans Internet. J’ai donc dû faire comme tout le monde et reprendre mon ordinateur chez moi afin de travailler à domicile.

     Me voilà donc, assis comme un malheureux sur une chaise de jardin dans ma cave froide sans fenêtre…